Il y a quelques jours, quelqu’un d’intelligent nous a posé une question :

• « Savez-vous quel a été le produit le plus vendu en supermarché durant ces derniers mois ? »
• « Le papier toilette ? », avons-nous innocemment répondu.
• « Non, le plastique. »

Et c’est que le plastique est le roi du supermarché depuis des années. Si vous êtes entré dans l’un d’eux récemment, vous l’aurez vu par vous-même : plastique dans les rayons, dans les paniers, en forme de bouteille, barquette ou film protecteur, plastique enrobant des bananes ou reposant sur des steaks, emballant des gâteaux, des légumes secs ou du savon. Plastique, plastique, plastique. Absolument partout. Omniprésent.

Aussi omniprésent, d’ailleurs, que les messages de protection de la planète qui apparaissent constamment dans les grandes surfaces.

C’est pourquoi il est inévitable que, comme nous, vous vous posiez certaines questions : pourquoi y a-t-il toujours autant de plastique dans les supermarchés ? Quels sont les arguments des grandes surfaces pour continuer à utiliser autant d’emballages inutiles ?

Pour trouver des réponses, nous nous sommes adressés à Isabel Vicente.

Isabel est activiste, autrice du blog « La hipótesis Gaia » et force motrice de la campagne « Desnuda la fruta », un mouvement démarré en 2018 pour demander aux supermarchés qu’ils arrêtent d’utiliser du plastique.

Personne ne peut mieux qu’elle nous parler des excuses des supermarchés pour continuer à utiliser cette matière à tort et à travers.

Prête à les découvrir ?

Durant la campagne #Desnudalafruta, vous proposiez aux gens de faire des photos des fruits et légumes emballés dans du plastique dans les supermarchés et de les contacter en leur demandant d’arrêter ces pratiques. Quels ont été les arguments des supermarchés pour continuer à utiliser des emballages à usage unique ?

Les excuses ont été aussi variées que les supermarchés qui nous ont répondu. Les plus répétées furent : qu’ils sont obligés pour des raisons d’hygiène, que le plastique évite que les produits écologiques soient pollués, que c’est ce que demandent les consommateurs ou encore que c’est pour éviter le gaspillage alimentaire.

De tous les arguments reçus, quelle est l’excuse la plus surréaliste des supermarchés pour continuer à utiliser du plastique que tu as lue ?

Qu’ils sont obligés d’emballer les produits.

Évidemment, aucune loi ne les y oblige, il faut juste assurer que le produit arrive dans des conditions optimales au consommateur. Cette excuse m’a paru curieuse, puisque le même supermarché qui assurait qu’il était obligé d’emballer les produits frais vendait également des fruits et légumes sans emballage.

Dans cette page web du lobby des plastiques, on affirme que le plastique prolonge la conservation des aliments. Qu’en penses-tu ?

Il est mentionné sur cette page « Une des causes du gaspillage alimentaire dans les pays en développement est l’absence de conditionnement approprié et de solutions de transport adéquates pour préserver la qualité et la fraîcheur tout au long du parcours, depuis la ferme jusque dans l’assiette ». Cela a en réalité plus à voir avec le transport et la réfrigération qu’avec l’emballage. Le plastique n’a pas grand-chose à apporter à ces aspects.

« Friends of the Earth Europe » a publié un rapport en 2018 qui démontre que le plastique n’est pas un allié pour éviter le gaspillage alimentaire et que parfois il le provoque.

Prenons un exemple simple : pourquoi acheter un pack de six tomates sous plastique quand tu n’en as besoin que de deux ? Acheter en vrac n’évite pas seulement le plastique, cela aide également à choisir la quantité appropriée pour chaque foyer.

Une autre excuse récurrente, qui prend de l’ampleur actuellement avec la crise du coronavirus, est qu’emballer les aliments dans du plastique est plus hygiénique. Penses-tu que c’est vrai ?

En Espagne, le Ministère pour la Transition Écologique et le Défi Démographique a publié un guide qui démontre clairement qu’il n’est pas nécessaire d’augmenter la consommation de plastique pour les achats et le fonctionnement du secteur hôtelier pour freiner l’avancée du COVID-19.

Dans ce guide, on considère qu’il est préférable d’employer des produits réutilisables sujets à des mesures adaptées de nettoyage et désinfection que des produits jetables qui augmentent le volume de déchets et peuvent contribuer à la propagation du virus.

Est-ce que des supermarchés ont changé leur politique grâce à votre campagne ?

Quelques mois après la campagne, certains changements se sont produits. Les supermarchés qui ne permettaient pas de peser les fruits dans des sacs de toile ont commencé à l’autoriser voire même à vendre leurs propres sacs, d’autres ont annoncé qu’ils commenceraient à vendre plus de produits en vrac, bien que ce changement ne se soit pas vraiment noté.

Le changement qui m’a le moins plu est de voir que certains ont substitué les sacs en plastique par des sacs en papier. Cela ne sert pas à grand-chose de remplacer une matière par une autre.

À ce propos, bien que les supermarchés aient commencé à avancer pas à pas, les produits emballés (dont les fruits et légumes) n’ont pas encore disparu de leurs étalages. À quoi penses-tu que c’est dû ?

J’ai toujours pensé que c’est pour accélérer le processus d’achat et vendre la quantité que désire le supermarché, que tu en aies besoin ou pas. Si tu veux seulement trois kilos d’oranges, mais qu’il n’y a que des paquets de cinq kilos, au final tu en prends 5 kilos, même si tu ne les consommeras peut-être pas.

On évite aussi que le client s’arrête, choisisse les produits qu’il désire, les pèse et les emporte à la caisse. L’emballage permet de passer et prendre ce qui est vendu, en réalisant des achats rapides et peu réfléchis. L’une des raisons pour lesquelles je préfère aller au magasin de fruits et légumes depuis des années est que si j’ai seulement besoin de 5 pommes de terre, je n’achète que 5 pommes de terre.

À ce sujet, une cliente de Sinplástico nous a dit une fois : « je ne comprends pas pourquoi c’est parfois moins cher d’acheter un kilo d’orange en filet de plastique qu’en vrac, si les oranges sont les mêmes ». Nous nous posons la même question, que nous te soumettons : quels sont les arguments des supermarchés pour justifier cette variation de prix ?

Parfois, la réponse est dans l’origine du produit. Veux-tu des oranges moins chères, en filet de plastique, qui ont parcouru la moitié de la planète, ou des oranges d’une production plus proche ?

Je crois que ce que nous avons vu avant a aussi à voir : ventes rapides, plus de bénéfices.

Il y a peu, Greenpeace a publié ce classement des supermarchés selon leur usage du plastique, où l’on voit qu’il reste beaucoup de chemin à parcourir. Que pouvons-nous faire en tant que consommatrices pour qu’il y ait moins de plastique dans les supermarchés ?

Il se peut que le problème soit que nous avons oublié qu’on peut acheter ailleurs que dans les supermarchés.

Je sais que cela peut-être compliqué, que nos horaires impliquent souvent que l’on veuille tout acheter au même magasin pour gagner du temps, mais la meilleure manière de dire que nous ne voulons pas le modèle de vente qu’ils nous proposent est, simplement, en n’achetant pas ce que nous ne voulons pas qu’il se vende.

Merci, Isabel, de nous avoir raconté ton expérience avec #Desnudalafruta.

Si cet article vous a plu, rappelez-vous que vous pouvez lire l’autre de la série « Toute la vérité » que nous avons publiée durant ce mois de juillet sans plastique :


• TOUTE LA VÉRITÉ SUR LES FAUX PRODUITS ÉCO

Qu’en pensez-vous ?

Avez-vous également eu des problèmes lorsque vous avez essayé d’acheter sans plastique ? Quels produits est-il impossible d’acheter sans plastique dans votre supermarché ?

Racontez-le-nous en commentaire, nous avons hâte de vous lire.