Pensez-vous que tous les produits zéro déchet que vous achetez sont écologiques ? Êtes-vous sûre que les produits « écologiques » que vous avez à la maison sont plus responsables envers l’environnement et les personnes ?

Vous connaissez probablement déjà Javier, notre cofondateur. Mais vous ne savez peut-être pas qu’il est le responsable de notre catalogue, la personne qui assure que tout ce que nous vendons chez Sinplástico réponde aux critères les plus exigeants en matière d’écologie et de responsabilité sociale.

Il a étudié des dizaines de milliers de produits écologiques, des savons aux ustensiles de cuisine, et sait distinguer au premier coup d’œil un produit réellement responsable d’un autre qui ne l’est qu’en apparence.

C’est pourquoi nous avons décidé de l’interroger dans un entretien où il partage avec vous ses trucs, afin que vous sachiez, vous aussi, identifier les faux produits écologiques et prendre des décisions d’achat informées.

Nous sommes sûres qu’après l’avoir lu, vous ne tomberez plus dans les pièges peints en vert et démasquerez les demi-vérités dissimulées par certains produits prétendument écologiques.

Prêtes à découvrir la vérité ? Alors, commencez à lire.

 

Commençons par mieux comprendre le concept : qu’est-ce qu’un « faux produit écologique » ?

Si le « greenwashing » est la manière de l’économie capitaliste de s’approprier la tendance pour en tirer un profit, en utilisant l’aspect esthétique et le langage de l’économie écologiste pour que des produits normaux, parfois nocifs, se présentent comme durables et verts, les faux produits écologiques sont quant à eux des articles qui ne tiennent en compte qu’un seul des aspects qui composent un article écologique.

En général, ils sont centrés sur les ingrédients en soi, sans se préoccuper de leur provenance, de la manière dont ils ont été produits, du récipient dans lequel ils se fabriquent, se transportent et se conservent, de l’emballage, des conditions de travail des personnes qui le produisent, de la nécessité de l’existence de ce produit, de l’utilisation qui en sera faite et enfin, très important, du déchet qu’il génère et de son compostage et/ou recyclage.

Peux-tu nous donner quelques exemples de faux produits écologiques que nous pouvons avoir achetés en pensant prendre soin de la planète alors que, sans le vouloir, c’est le contraire qui se produit ?

Bien sûr, en voici plusieurs:

  1. Un bon exemple sont ceux qu’on appelle à tort les bioplastiques. D’abord, parce qu’ils utilisent de manière trompeuse le préfixe « bio » pour faire croire qu’ils sont naturels, qu’ils proviennent directement de la nature. De plus, parce que remplacer le pétrole par d’autres matières premières d’origine végétale (mais, soja, riz…) n’évite pas pour autant l’ajout d’additifs nocifs pour la santé et la nature. En outre, cette matière première favorise la déforestation et l’utilisation de monocultures extensives pour produire des objets à usage unique au lieu d’alimenter la population. Enfin, les bioplastiques ne sont pas biodégradables, ni même compostables dans le sens où nous entendons ce mot : une substance qui se décompose et aide à alimenter d’autres êtres vivants.

  1. Un autre exemple est celui des produits dont la publicité utilise le mot « SANS » (et pourtant, nous nous appelons « Sinplástico », soit sans plastique en espagnol) : sans parabènes, sans sucre, sans BPS, sans huile de palme… qui ne spécifient pas quel est le substitut et ne nous montrent pas leur nomenclature INCI, c’est à dire les ingrédients du produit. En tant que consommateurs écologistes, nous avons intérêt à savoir ce que contient un produit et ce qu’il ne contient pas.

  1. J’inclurais également les produits naturels, voire cultivés de manière écologique, mais qui voyagent des milliers de kilomètres alors qu’il existe des alternatives locales. Il y a toujours plus d’entreprises qui voyagent dans le monde entier et importent des produits naturels, mais exotiques alors qu’il existe des alternatives tout près de chez nous.

  1. N’ont aucun sens également les produits écologiques suremballés ou présentés en bocaux et récipients de plastique, parce que les propriétés bénéfiques du produit sont perdues et le produit peut être pollué en contact avec ces récipients.

  2. De même, les produits qui semblent couvrir une nécessité zéro déchet mais utilisent des matériaux réutilisables, mais pas écologiques. Par exemple, les sacs en résille de plastique pour acheter en vrac. Ils sont vendus comme réutilisables, lavables, voire même Km0. Mais en réalité, tous les sacs en plastique sont réutilisables, lavables, voire Km0 ! Pourquoi vendre un produit en convainquant les gens qu’il est écologique, alors qu’il cause le même problème environnemental que n’importe quel sac ?

  3. Enfin le comble sont les magasins sans stock qui annoncent des produits écologiques alors que tout ce qu’ils font consiste à acheter pour vous le produit sur Aliexpress, Amazon ou autre, qui vous envoient directement le produit.

Est-ce qu’il est plus difficile de différencier ce type de produit aujourd’hui, alors qu’il y a de plus en plus d’entreprises « vertes » ?

Sinplástico a été pionnière en Europe à offrir des alternatives au plastique et promouvoir une culture zéro déchet. Nous sommes apparus pour répondre à un véritable besoin, car il était difficile de trouver des produits libres de plastique. Nous sommes enchantés de voir qu’aujourd’hui, ce qui était inhabituel et considéré excentrique est désormais une tendance. Il y a de plus en plus de produits et d’alternatives au zéro déchet, ainsi qu’un nombre croissant de magasins et commerces qui rapprochent ces solutions du grand public. Nous en sommes très heureux.

Cela dit, en tenant compte de ce que nous avons mentionné auparavant à propos des faux produits écologiques, notre tâche principale n’est plus de trouver des alternatives, sinon de distinguer entre celles qui sont vraiment écologiques et celles qui sont trompeuses et font du greenwashing.

« Notre tâche principale n’est plus de trouver des alternatives, sinon de distinguer entre celles qui sont vraiment écologiques et celles qui sont trompeuses et font du greenwashing. ».

Il y a déjà trop d’entreprises qui se limitent à créer une marque et un emballage attractif pour le remplir de produits tendance fabriqués en Asie, sans innover ni savoir réellement qui le leur fabrique. Ce n’est pas la meilleure option d’un point de vue écologique et surtout, cela peut créer une confusion.

Un bon exemple est celui des marques qui vendent certains types de brosses à dents en bambou, fils dentaires véganes, bouteilles en acier inoxydable, pailles et filtres à eau Binchotan.

Je m’explique : toutes les brosses à dents en bambou sont fabriquées par le même type d’entreprise en Chine, certaines marques mentent lorsqu’elles disent qu’elles sont 100 % naturelles, libres de plastique et compostables. Ces brosses à dents sont une très bonne alternative végane aux brosses en bois et poil animal (lesquelles sont 100 % biodégradables) et permettent vraiment d’utiliser moins de plastique, mais les poils de ces brosses à dents sont en nylon, donc on ne peut pas vraiment dire qu’elles sont libres de plastique ou compostables. Il y a même des marques qui les vendent en boite en carton plastifiée ou emballées en étui de non-tissé d’origine synthétique. C’est pourquoi c’est très important pour nous de bien le spécifier lorsque nous vendons ce type de produits. La difficulté réside dans le soin du détail et une bonne information du client.

Que penser également des bouteilles en acier inoxydable qui utilisent de l’acier de mauvaise qualité et sont enrobées de décorations plastifiées ? Sans parler de celles qui utilisent des bouchons en plastique en contact avec le liquide, et ce même dans des thermos alors qu’il existe des bouteilles en acier de grande qualité, fabriquées localement et avec un bouchon en silicone médicale faite à base de silice.
C’est la même chose qui se produit avec les pailles en métal de mauvaise qualité en blister de plastique ou le fil dentaire végane avec du PLA, un autre type de bioplastique qui est présenté comme 100 % naturel et compostable. De même les filtres Binchotan non responsables, provenant de la destruction abusive par le feu de forêts tropicales du Laos, du Vietnam, etc. (Note de Sinplástico : nos filtres Binchotan proviennent de forêts gérées de manière responsable au Japon.) Il y a de nombreux exemples.

Le problème n’est pas le produit en lui même, qui remplit sa fonction, mais l’information erronée ou trompeuse qui ne distingue pas entre ce qui est écologique, de qualité et bon pour la santé et ce qui ne l’est pas.

Est-ce que les faux produits écologiques sont une forme plus sophistiquée de greenwashing ?

e pense qu’il faut distinguer les produits des marques courantes qui ont simplement ajouté des couleurs et mots clés dans leur présentation et publicité, avec les nouvelles marques qui ont surgi (qu’elles appartiennent à des particuliers, de petites entreprises ou de grands groupes) pour créer des produits soi-disant écologiques.

Les premières peuvent tromper le consommateur naïf et peu informé, mais nous savons déjà que les marques déguisent aujourd’hui leurs produits de vert pour demain les adapter à la nouvelle mode qui surgira.

Le deuxième groupe est plus préoccupant, parce que c’est déjà difficile d’informer et de convaincre les gens pour qu’ils changent leurs habitudes de consommation, alors s’il faut ensuite leur dire que ce qu’ils pensaient bien faire est un mensonge ou une demi-vérité… Ils risquent d’être en colère et de jeter l’éponge. Informer intentionnellement les gens à demi, même si cela part d’une bonne intention, est une grave erreur.

« C’est déjà difficile d’informer et de convaincre les gens pour qu’ils changent leurs habitudes de consommation, alors s’il faut ensuite leur dire que ce qu’ils pensaient bien faire est un mensonge ou une demi-vérité… »

En réalité, il n’existe pas de produit 100 % écologique, car chaque produit à une empreinte environnementale. Alors, où placer la limite ?

C’est un fait que l’être humain, depuis qu’il a dominé le feu puis commencé à créer des produits non présents directement dans la nature, a généré des déchets plus ou moins nocifs. Il est également vrai que ce système de consommation où la priorité est donnée à l’usage unique nous a donné la fausse croyance d’accéder à une richesse et un luxe auparavant seulement accessible à peu de gens. Le plastique a beaucoup aidé à rendre cela possible.

La limite est basée sur ce que nous dicte le rythme soutenable de la nature, ce sont les principes du mouvement écologiste : moins égale plus, consommer local, produits naturels qui favorisent la biodiversité, éviter la monoculture et la surexploitation, l’usage abusif de produits chimiques, l’emballage et le suremballage, ne pas générer de déchets qui ne peuvent être réutilisés, contrôler l’utilisation d’énergie…

À quoi faut-il faire attention pour différencier un faux produit écologique d’un vrai ?

Nous commençons nos conférences en expliquant que la meilleure manière de vivre une vie zéro déchet est de s’arrêter pour réfléchir : est-ce que j’ai réellement besoin de ce produit ? Est-ce qu’il va apporter quelque chose à ma vie que je ne peux pas faire d’une autre manière avec ce que j’ai déjà ? On trouve à l’achat des chaussettes pour avocat, qui sont sûrement confectionnées en fibres naturelles, Km0 et par des entreprises d’insertion, mais je ne pense pas qu’elles sont écologiques parce que ce sont des produits non nécessaires, les avocats n’ont besoin ni de chaussettes, ni d’écharpes.

Nous devons également faire attention à l’obsolescence du produit que nous achetons : cette matière est-elle résistante ? Le produit est-il conçu pour durer ? Est-il réparable ? Trouve-t-on des pièces de rechange ? Est-il rechargeable ?

Bien évidemment, nous devons faire attention que ce ne soit pas un produit à usage unique et regarder s’il est conçu pour remplir une fonction unique. Cela arrive souvent avec les ustensiles de cuisine par exemple.

Il faut aussi prendre en compte l’emballage. L’eau en bouteille est un bon exemple. Peu importe si la bouteille est en plastique, dans une canette en aluminium ou même dans une bouteille en verre. Pour la santé, mieux vaut une bouteille en verre, mais au niveau environnemental toutes ces alternatives sont mauvaises. Ce qui est important, c’est de ne pas boire d’eau en bouteille, parce que c’est un produit à usage unique qui consomme de l’énergie, génère des déchets et nous propose un produit de base à des prix abusifs.

Un autre aspect à considérer est celui des produits recyclés. Faire un tee-shirt, un sac ou une chaise à partir d’un mélange de plastiques, bien que celui-ci provienne de résidus marins, ne rend pas ces produits écologiques. Recycler n’est pas donner une seconde vie à un matériau si ce matériau, parce qu’il est composé d’un mélange de plastiques différents, ne pourra pas avoir une troisième ou quatrième vie, ce qu’on appelle l’économie circulaire. En plus, dans le cas des tee-shirts, chaque fois que nous les lavons, des millions de microplastiques terminent dans les canalisations. Comme ils ne sont pas retenus par les stations d’épuration, ils terminent dans la mer.

Il est également important de faire attention aux détails. Lorsque l’association Greenpeace a créé pour sa campagne #NoPlastic des sacs en coton, du fil de polyester entrait également dans leur composition, ainsi que des étiquettes en polyester et de l’encre à base de plastique. Tout le monde peut commettre des erreurs, c’est pourquoi nous devons être vigilants.

Que faire avec les faux produits écologiques que nous avons déjà achetés ?

L’idée n’est pas de générer plus de déchets. Pour cette raison, l’idéal est de les utiliser autant que possible, puisque nous ne rendrions pas service à la planète en les abandonnant seulement parce que nous nous sommes trompés ou avons été dupés.

Un conseil supplémentaire pour acheter de manière réellement écologique ?

C’est important de ne pas se sentir constamment coupable ou triste. Nous savons que nous vivons dans une société de consommation et que parfois surgissent des situations en contradiction avec notre manière de penser. Dans ce cas là, souriez, vous ferez mieux la prochaine fois.

En basque, nous disons Jo-ta-ke irabazi arte, ce qui signifie essayer encore et encore jusqu’à y parvenir. L’important est de créer des habitudes de vie et de consommation en accord avec notre manière de penser. Avancer petit à petit et continuer à apprendre chaque jour. Une fois que nous intériorisons notre manière d’agir et de vivre zéro déchet, tout est plus écologique, simple, commode, bon pour la santé et, pourquoi pas, moins cher.

Merci beaucoup, Javier, pour cette leçon inestimable.

 

Cet article vous a plu ? Alors vous allez apprécier la série « Toute la vérité » que nous publierons pendant ce mois de « Juillet sans plastique ».

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